jeudi, 14 avril 2005

Pas de dossier médical partagé sans refonte d'architecture

Divers2D'ici à 2007, les informations concernant un patient devront être partagées par les professionnels de la santé. Ce qui pose des problèmes d'échange et de format des données.

le 16/09/2004 Marie Varandat  01 Informatique

Dans trois ans, tous les Français de plus de seize ans se verront imposer un dossier médical partagé (ou DMP) s'ils veulent continuer de bénéficier du remboursement des soins tel qu'il est pratiqué aujourd'hui. Outre améliorer les diagnostics et mieux coordonner l'offre de soin, la motivation des pouvoirs publics relève de l'évidence : assainir les comptes de l'assurance maladie en mettant en place des infrastructures de partage de l'information entre les professionnels de la santé, évitant par exemple des actes redondants.

Elaboré par le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Philippe Douste-Blazy, ce plan de réforme tout juste publié au Journal Officiel, devrait générer une économie de 3,5 milliards d'euros par an, selon les dernières estimations du Gouvernement.

Un accès unique aux données cliniques du patient

Pour y parvenir, les professionnels de la santé, et particulièrement les centres hospitaliers, devront refondre leur architecture informatique. Bien qu'informatisés à tous les échelons, ces derniers sont équipés d'applications métier spécifiques à chaque service - cardiologie, obstétrique, cancérologie, etc. Celles-ci ne dialoguent pas entre elles, et encore moins avec les applications des autres établissements médicaux. Or, le DMP prévoit l'agrégation des informations concernant un patient dans un dossier unique, et ce, quels que soient le médecin ou le service, mais également l'établissement consulté.

Les centres hospitaliers sont donc confrontés à un double problème. En effet, pour réunir les informations à leur niveau, ils sont amenés à organiser les échanges entre leurs applications métier et à opérer une transformation des données dans un format standard, qui leur permettra de les échanger avec des tiers. Ceci passe par une urbanisation, c'est-à-dire une cartographie, de leur système d'information. Certains, à l'instar de l'institut Curie, de l'hôpital Lariboisière ou du CHU de Besançon, n'ont pas attendu les directives gouvernementales pour entreprendre ce chantier colossal.

Première étape : faire le ménage en interne en s'appuyant sur des outils de middleware qui favorisent l'accès à des informations formatées en XML. « Le DMP pose avant tout des problèmes d'urbanisation. On ne nous demande pas d'avoir une application unique ou de réunir l'ensemble des informations dans un dossier, mais d'échanger les données. En ce qui concerne les formats, le milieu médical dispose de normes internationales, dont HL7 et IHE » , estime Serge Adam, DSI du CHU de Besançon. La première, Health Level 7, structure dans sa dernière version les informations cliniques en XML. La seconde, Integrating the Healthcare Enterprise, normalise les messages entre applications. Le CHU de Besançon s'est donc appuyé sur ces normes pour mettre en place une infrastructure, dans laquelle la solution d'intégration d'applications d'entreprise de Software AG, EntireX, joue le chef d'orchestre. Extrayant les informations des applications métier, elle les achemine selon des règles préétablies vers d'autres applications.

Au passage, les informations d'ordre légal du DMP sont stockées dans une base de données Tamino, destinée aux échanges avec les hébergeurs. Le plan de réforme prévoit, en effet, la mise en place d'« hébergeurs » qui centraliseront l'accès à l'information. Les données médicales étant très sensibles, ces hébergeurs joueront en quelque sorte le rôle de tiers de confiance.

Dans l'immédiat, toutefois, le plan de réforme ne spécifie pas de format d'échange. Pas plus qu'il ne précise si les hébergeurs stockeront en local toute l'information ou les seuls événements qui leur permettront de rediriger vers les établissements qui la détiennent. Raison pour laquelle l'institut Curie et le CHU de Lariboisière ont adopté des démarches différentes de celles du CHU de Besançon. Sans exclure les normes du milieu médical, ces deux établissements se préparent au DMP avec des projets plus vastes, dépassant le simple cadre de la réforme.

Formater en XML, faute de mieux...

« Les grandes lignes du plan de réforme sont tracées. Mais, pour l'heure, beaucoup de choses restent floues, estime Philippe Rizand, directeur des systèmes d'information et de l'informatique de l'institut Curie. Notamment concernant les formats d'échange avec les hébergeurs. Rien ne dit qu'ils s'effectueront en HL7 ou en IHE. En l'état du plan de réforme, la seule chose qui, aujourd'hui, compte pour nous, c'est d'assurer une interopérabilité potentielle en formatant nos données en XML. J'ai ainsi la certitude que, quelles que soient les directives gouvernementales à venir, nous pourrons nous y adapter. »

En attendant ces spécifications, l'institut Curie a donc opté pour la structuration du dossier médical dans un format XML spécifique. Les informations éparpillées dans les applications métier sont extraites et agrégées dans une base Notes, à l'aide d'une solution d'EAI développée sur mesure. Elles sont parallèlement indexées dans une base Oracle afin de faciliter les recherches d'informations.

Cette architecture est réservée à un usage interne. Les données sont dupliquées dans une base Tamino, qui sert de socle à la consultation externe, via le portail Portalys de l'institut. « Pour l'instant, Portalys est réservé à l'usage des médecins traitants, explique Philippe Rizand. Nous avons retenu cette solution pour des raisons de sécurité, afin notamment de protéger notre informatique interne. Mais la maintenance de deux systèmes coûte cher. L'évolution des technologies, en particulier en matière de sécurité, devrait nous permettre de fusionner les architectures interne et externe, tout en répondant fonctionnellement aux nouveaux modes d'accès au dossier patient. Quelle que soit la solution que nous retiendrons, elle reposera sur notre format XML. »

Structurer les données selon des concepts communs

L'hôpital Lariboisière a retenu une approche similaire avec un projet qui met l'accent avant tout sur la collaboration et le partage interne des informations. Le centre hospitalier travaille depuis quatre ans à la mise en oeuvre d'une solution conçue par la SSII Lincoln et reposant sur XML et les technologies .Net. Baptisée Middlecare, cette plate-forme s'interface avec les applications métier de chaque service, extrait les informations et les agrège dans un portail. « L'ensemble du personnel hospitalier consulte et saisit ses informations dans le portail. Cela étant, l'agrégation des données ne constituait pas notre seule contrainte » , explique le professeur Isaac Azancat, cardiologue en charge du projet.

En effet, depuis la loi du 4 mars 2002, les patients doivent accéder rapidement à leur dossier. « Nous avions besoin d'outils de recherche, de traçabilité, mais aussi de statistiques pour suivre plus précisément nos activités et imputer, par exemple, l'usage d'un matériel lors d'un acte médical dans notre gestion des stocks, poursuit-il. Enfin, les médecins ne sont pas des informaticiens. Il nous fallait donc disposer d'interfaces simples et adaptées à la logique de nos métiers pour mettre en place une véritable infrastructure de travail collaboratif. »

Pour Isaac Azancat, le plus gros du travail n'est pas technique, mais culturel. Il pose également des problèmes de confidentialité, et donc de hiérarchisation de l'information. Il faut amener des services qui ne sont pas habitués à échanger des informations à partager une définition commune. « Qu'est-ce qu'un " tabagiste " ? Quelqu'un qui fume trois cigarettes par jour depuis dix ans ou quelqu'un qui fume deux paquets depuis un mois ? A partir de ces définitions, comment structure-t-on l'information de façon à limiter son accès aux praticiens qui en ont réellement le droit ? » En d'autres termes, selon lui, l'agrégation et la transformation technique des données donnent beaucoup moins de soucis que la mise en oeuvre d'une solution de DMP efficace pour conduire les différents corps de la santé à collaborer.

Rappel : La provenance des articles proposés à la lecture des visiteurs du Blog du dossier médical personnel est clairement indiquée, en début ou fin d'article. La catégorie de cette note est d'ailleurs "revue de presse". L'article en question est proposé (quasi) intégralement au lieu de se contenter d'un lien vers le journal (après un bef extrait). Les liens sont en règle générale provisoires, l'insertion des articles étant a priori, équivalente à la durée de vie du présent blog.

Posted by Thierry Abiven on avril 14, 2005 at 08:40 AM dans Dossier santé : revue de presse | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack

vendredi, 08 avril 2005

Examen de santé pour le dossier médical personnel

Les salons Medec et Informedica ont ouvert leurs portes mardi 15 mars. L'occasion pour les professionnels de faire le point sur le dossier médical personnel (DMP).

Par Christine Peressini du journal 01 informatique en date du 14/03/05


Quelque 3,5 milliards d'euros. C'est le montant des économies attendues par le ministre de la Santé avec le
projet de coordination des soins entre hôpitaux et acteurs privés de la santé. Un chiffre sérieusement « contestable », selon Jean Dionis du Séjour, député du Lot-et-Garonne et auteur du rapport NTIC et systèmes de santé, tant la liste des points à préciser reste impressionnante.

 

Quelles données seront stockées dans le dossier médical personnel (DMP) ? Le patient pourra-t-il supprimer certaines d'entre elles ? Qui fera vivre le dossier de chaque patient ? La gestion du DMP est évaluée à 10 euros par patient et par an, mais quid des coûts d'assistance téléphonique pour le médecin ou le patient ? Etc.

 

Avant de déterminer le montant des économies potentielles, les professionnels attendent donc de connaître les spécifications précises du cahier des charges du dossier médical. « Nous sommes imbriqués dans une analyse systémique, où il reste difficile d'isoler le DMP des mécanismes du type annuaire ou messagerie, qui conditionnent le nouveau système de santé », explique Franck Droin, patron du cabinet de conseil Kadris, spécialiste des   assurances maladie et complémentaires.

 

Et, de toute façon, la coordination des soins ne générera pas immédiatement, et à elle seule, un quelconque retour sur investissement. Il faudra transformer les méthodes d'évaluation de la prise en charge des patients, en ville comme à l'hôpital.

 

Une réforme attendue depuis plusieurs décennies

 

Préparé puis lancé par les deux derniers ministres de la Santé, et désormais inscrit dans la loi du 13 août 2004 sur l'assurance maladie, le DMP constitue le socle du futur système d'information de santé. « On passe de l'incitation à l'obligation » , traduit Yannick Motel, délégué général de la fédération Lesiss, qui regroupe la plupart des professionnels de la santé.

 

Un enjeu dont l'urgence se mesure néanmoins au nombre de conférences qui lui seront consacrées du 15 au 18 mars prochain, dans le cadre des salons Medec et Informedica, qui se tiendront au Palais des Congrès et à la Porte Maillot, à Paris.

 

Concrètement, à partir de la mi-2007, le DMP devrait favoriser la communication entre les systèmes d'information des établissements hospitaliers publics et des cliniques privées avec celui de l'assurance maladie, ceux des réseaux de santé (organisés autour d'une pathologie) et ceux des libéraux, à commencer par les médecins de ville.

 

« Des catégories professionnelles, tel les cancérologues, ont déjà développé une culture de partage des informations médicales, et font figure de pionnières, précise Dominique Le Halle, journaliste spécialiste   de la santé et animatrice des conférences d'Informedica. Aujourd'hui, on assiste toutefois à un changement de mentalité. » Pour sa part, Jean Dionis du Séjour considère cette date de 2007 comme une simple « échéance de mobilisation » , le chantier risquant de durer plus longtemps que prévu.

 

Il n'empêche, en dépit des retards, la machine est lancée. Ce dont, d'ailleurs, se félicitent la majorité des professionnels de la santé, la fédération Lesiss en tête. Ainsi, le ministre a nommé l'équipe de maîtrise d'ouvrage.

 

Sous la forme d'un GIP, elle sera pilotée par Dominique Coudreau, ancien directeur général de la Cnam et directeur de l'Agence régionale d'hospitalisation d'Ile-de-France. Ce dernier s'appuiera sur Pierre Bivas, ancien conseiller technique de Hervé Gaymard et de Jacques Barrot, et sur Jacques Beer-Gabel, successivement DSI au ministère de la Santé, chez Rhône-Poulenc et à la Société générale. L'arrêté concernant la mission DMP devrait bientôt paraître au Journal officiel.

 

Déposé chez un hébergeur agréé

 

Pour l'instant, la loi indique seulement que le DMP se situera physiquement chez un hébergeur internet agréé, et qu'il appartiendra au patient. Les conditions et autorisations d'accès aux données personnelles seront précisées par décret, après avis de la Cnil. Mais on sait qu'il se présentera sous la forme d'un entrepôt de données placé dans un coffre-fort électronique, et qu'il sera alimenté par l'ensemble des acteurs.

 

Le DMP devrait donc aider les organismes de santé à économiser des frais d'archivage (historique médical, analyses, radios, etc.), mais aussi à éviter les pertes ou détériorations de données, tout en facilitant la recherche dans les divers documents.

 

Les gains ne seront donc pas seulement financiers : « En garantissant la traçabilité des données, le DMP informatisé évitera au patient les examens redondants, explique Didier Guidoni, associé chez Ineum   Consulting. Depuis le PMSI [programme de médicalisation des systèmes d'information, NDLR], la plupart des hôpitaux disposent d'une informatique médicale codée, mais pas encore d'un véritable   dossier médical. Ils devront donc investir un peu moins dans les murs et davantage dans les systèmes d'information. » Ces derniers représentant, selon le consultant, seulement 1,5 et 3 % de leur budget en France, contre 5   à 6 % dans les pays anglo-saxons.

 

Pas de refonte des systèmes d'information existants

 

Un travail coûteux en ressources humaines va donc s'engager dans les établissements de santé, afin d'organiser le circuit d'information du DMP. Il faudra, au minimum, coordonner les autorisations d'accès au dossier et mettre en place les procédures de sécurité, selon Michel Feugas, directeur adjoint du groupement pour la modernisation du système d'information hospitalier (GMSIH).

 

Techniquement, les pouvoirs publics n'ont pas opté pour la refonte des équipements existants, envisageant plutôt l'interopérabilité des systèmes d'information des différents acteurs du DMP, ainsi que l'avait demandée la fédération Lesiss. L'absence de cahier des charges n'empêche donc pas les groupes de travail de normalisation de s'activer pour structurer l'information médicale. Edisanté et la Cnamts travaillent de concert sur un protocole baptisé XDS, capable de gérer les flux entrants de documents médicaux dans le DMP.

 

Posted by Thierry Abiven on avril 8, 2005 at 09:04 AM dans Dossier santé : revue de presse | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

jeudi, 07 avril 2005

Un dossier médical rempli de questions

Professionnels, autorités et patients ont fait le point sur le DMP, prévu pour 2007.

Par Sandrine CABUT du Journal Libération

Il devrait être, dès janvier 2007, l'outil qui améliorera la qualité et la coordination des soins des Français, tout en générant des économies. Pour l'heure, le dossier médical personnel (ou DMP, initialement dossier médical partagé), une des mesures phares de la réforme de l'assurance maladie, est surtout un vaste chantier. Mardi, au Medec (1), les représentants des professionnels de santé, des autorités sanitaires et des patients ont fait le point sur l'avancement des travaux.

Garanties. D'abord, les acquis. Le DMP est un dossier informatique, contenant des données médicales (renseignements administratifs et cliniques, résultats d'examens, etc.), permettant le suivi des actes et des prestations de soins. Hébergé par un organisme agréé, il sera accessible aux professionnels de santé prenant en charge le patient, en accord avec lui. Le partage des informations se fera dans «le respect du secret médical», stipule la loi du 13 août 2004, et l'accès en sera interdit «dans le cadre de la médecine du travail» et lors de la signature de contrats type assurance.

Reste des interrogations, multiples, dès que l'on rentre dans les «détails» de ce dossier médical new look. Quel sera précisément son contenu, qui y aura accès et dans quelles proportions, quelles seront les garanties de confidentialité ? «L'ensemble des informations doit être en accès direct pour le patient», estime Claire Compagnon, de la Ligue contre le cancer. Et de mettre en garde contre le risque de double dossier, si le médecin continuait à remplir son dossier habituel en plus du DMP, en y faisant figurer des informations restant inaccessibles aux malades. «Il n'y aura pas de double saisie», a promis Xavier Bertrand, secrétaire d'Etat à l'Assurance maladie.

Autre demande des patients, la maîtrise de leur dossier. «On veut un masquage sélectif des informations, c'est-à-dire pouvoir choisir à qui on dit quoi», insiste Jean-Luc Bernard, président du Collectif interassociatif sur la santé. Revendication légitime, selon les professionnels. «Pour que ça marche, le malade doit devenir l'égal du médecin», n'hésite pas à affirmer Jean Brouchet, du Conseil national de l'ordre des médecins (Cnom). «Le secret appartient au malade, rappelle François Stefani, également du Cnom. Ce n'est pas l'informatique qui va changer ça, au contraire. Le droit à l'oubli est un droit fondamental du patient, il doit pouvoir masquer ou faire effacer des choses à son médecin. C'est sa liberté, et sa responsabilité.»

Les médecins, généralistes ou spécialistes, hospitaliers ou libéraux, ne sont pas les seuls concernés. «Les dentistes font souvent des actes à risques en urgence. Il est indispensable, par sécurité, qu'ils aient accès à un maximum de données, plaide Robert Regard, de l'ordre des chirurgiens dentistes. Même demande chez les sages-femmes, qui en tant que «généralistes de la grossesse» veulent «un accès élargi au DMP». Les pharmaciens d'officine proposent, eux, de mutualiser les «dossiers thérapeutiques» informatisés de leurs clients, dont ils disposent déjà.

«Première marche». Si beaucoup commencent à douter de l'échéance de 2007, la Commission nationale informatique et libertés estime qu'«on est dans les temps». Les décrets d'application sur lesquels elle doit donner son avis (au moins huit) sont en cours d'élaboration. «Au 1er janvier 2007, nous serons sur une première marche : un dossier simple et sûr qui permettra d'éviter redondances et iatrogénie [accidents médicamenteux, ndlr], assure Xavier Bertrand. Ensuite, nous améliorerons.»

(1) Le salon professionnel de la médecine, la semaine N° 13 à Paris.

Posted by Thierry Abiven on avril 7, 2005 at 09:00 AM dans Dossier santé : revue de presse | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

mercredi, 06 avril 2005

Le calendrier sera respecté, selon Dominique Coudreau

A l’instar de Xavier Bertrand, Dominique Coudreau, qui préside le Groupement d’intérêt public (GIP) chargé de piloter la mise en place du DMP, pense que le calendrier sera respecté. Dans un entretien avec le « Quotidien du médecin » du 18 mars, il estime en effet que « l’industrialisation du dossier médical est compatible avec le calendrier imposé par la loi : mi-2007 ».

Aussi, il lui paraît indispensable que, début 2007, le fonctionnement, le contenu et l’utilisation du DMP soient connus. Il précise : « Soyons toutefois réalistes. Le dossier médical n’a d’intérêt que s’il est utile aux patients et aux professionnels de santé. Son objectif est d’améliorer la qualité des soins. Cela prendra du temps et demandera un changement de comportement qui ne peut pas s’effectuer du jour au lendemain. »

Outre l’amélioration de la qualité des soins, le DMP doit aussi permettre de dégager des économies. Le gouvernement table sur 3,5 milliards d’euros par an. « Restons très vigilants sur les économies attendues, indique Dominique Coudreau. Dans toute ma carrière, j’ai eu à traiter des dossiers financiers. Je serai extrêmement vigilant pour que l’on n’engage pas des sommes inconsidérées dans une opération qui n’aurait pas de retour sur investissement. » Le coût annuel du DMP a été estimé à 500 voire 600 millions d’euros lors du séminaire de Roissy qui s’est déroulé à la mi-octobre 2004.

Posted by Thierry Abiven on avril 6, 2005 at 08:57 AM dans Dossier santé : revue de presse | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

mardi, 05 avril 2005

Craintes partagées autour du DMP

BlocmedUN DÉBAT DES ORDRES PROFESSIONNELS

Un article tiré du Quotidien des Pharmaciens rédigé par Christophe Micas (21/03/05)

Xavier Bertrand, secrétaire d’Etat à l’Assurance-maladie, assure que le dossier médical personnel sera bien opérationnel le 1er janvier 2007, comme cela avait été annoncé. Certains en doutent, notamment en raison de la complexité du projet. Mais aussi devant les nombreuses questions qui restent encore sans réponse.

Volet majeur de la réforme de l’assurance-maladie, le dossier médical personnel (DMP) est attendu pour le 1er janvier 2007. Le groupement d’intérêt public (GIP) chargé de piloter sa mise en œuvre lancera un premier appel d’offres aux opérateurs de sites pilotes dans les mois qui viennent, a indiqué Xavier Bertrand, secrétaire d’Etat à l’Assurance-maladie, lors de la Conférence inaugurale des Ordres professionnels de santé au Medec. Pour lui, il n’y a pas de doute, « le DMP sera disponible en temps et en heure ». Et d’affirmer, qu’il se fera avec tous les acteurs de santé : Le DMP représente un outil formidable de décloisonnement de notre système de santé, et un trait d’union entre la ville et l’hôpital », estime Xavier Bertrand.

Alain Coulomb, directeur de la Haute Autorité de santé, semble, en revanche, perplexe quant à la date de mise en place du DMP. Il juge en effet le calendrier politique « serré » compte tenu des contraintes techniques. Le DMP permettra, selon lui, de réconcilier les exigences de qualité des soins et d’économies. Les conditions du succès de cette mesure : la confiance entre professionnels de santé et patients, sa simplicité d’utilisation et le pragmatisme dans son déploiement, avance Alain Coulomb. Autrement dit, il préconise de mettre en place des sites pilotes régionaux, de définir des cibles prioritaires (ALD 30, par exemple) et de s’appuyer sur les expériences déjà menées. « Si l’on doit faire compliqué et rébarbatif, autant arrêter tout de suite. » Il lui paraît également indispensable que le DMP présente une utilité aux yeux des médecins.

Dossier pharmaceutique et DMP. Les médecins montrent d’ailleurs quelques signes d’impatience. « Nous ne pouvons plus attendre pour créer ce dossier », lance ainsi le Dr François Stéfani, président de la section Ethique et déontologie du Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom). « La question n’est plus de savoir si le DMP va exister ou pas, mais celle de savoir quand sera-t-il opérationnel ? », renchérit le Dr Jean Brouchet, président de la section Exercice professionnel du Cnom.

Les chirurgiens-dentistes, les sages-femmes et les pharmaciens ne cachent pas non plus leur intérêt pour le DMP. Les officinaux ont d’ailleurs des projets pour lui. L’Ordre des pharmaciens envisage en effet de créer un dossier pharmaceutique interne à la profession qui pourrait abonder le DMP, comme le rappelle Isabelle Adenot, présidente du Conseil central A de l’Ordre. « Nous souhaitons centraliser nos données et relier tous les pharmaciens entre eux », explique-t-elle.

Cet outil permettrait, selon elle, d’améliorer la lutte contre l’iatrogénie, d’éviter les traitements redondants, mais aussi d’assurer une traçabilité des médicaments jusqu’aux patients. « La réalisation technique de ce dossier pharmaceutique peut être assez rapide, car les officinaux, pour la plupart d’entre eux informatisés, sont dotés d’équipements qui partagent presque tous le même langage informatique », estime Isabelle Adenot.

Entre espoir et craintes. Si le DMP représente un espoir pour l’ensemble des acteurs, des craintes persistent encore, en particulier chez les patients. Au grand dam des associations de malades, certains médecins souhaitent, par exemple, continuer à tenir un dossier médical, parallèlement au DMP. Claire Compagnon, directrice du développement des actions de lutte à la Ligue contre le cancer, estime ainsi que cette démarche va à l’encontre de l’esprit de la réforme. Dans un souci « de cohérence et de continuité des soins, il est important que ces deux dossiers ne coexistent pas », explique-t-elle. « Si les médecins remplissent deux dossiers, en saisissant deux fois les informations, il sera impossible de mettre en place le DMP », prévient pour sa part Alain Coulomb.

Les patients s’inquiètent également du contenu du DMP et souhaitent pouvoir choisir d’y porter, ou non, les informations les concernant. Qu’ils se rassurent. Xavier Bertrand préconise, en effet, que le patient détermine avec son médecin traitant l’étendue des données accessibles. Les médecins non plus n’ont rien contre cette volonté : « Le droit à l’oubli est un droit fondamental du patient, estime François Stéfani. Il faut qu’il puisse cacher des choses, c’est sa liberté et sa responsabilité. » Cependant, si le malade ne divulgue pas l’ensemble des informations, comment éviter alors les actes redondants et l’iatrogénie, qui sont l’essence même du DMP ?

« Un outil sûr et simple ». La confidentialité des données est une autre inquiétude, même si, bien sûr, toutes les garanties de sécurité seront prises. Quoi qu’il en soit, François Stéfani, lui, est serein. « Il est plus difficile de consulter un dossier informatique que le carnet de santé actuel », fait-il remarquer.

Au-delà des craintes, le DMP suscite encore de nombreuses interrogations. Par exemple, qui va remplir le DMP ? Les professionnels de santé, d’après une enquête, répondent, en premier lieu, le patient, devant le médecin traitant et les professionnels participant à la prise en charge du malade, comme les infirmières ou les pharmaciens, rapporte Jean-Marie Picard, responsable adjoint de la mission pour le partage des données médicales à la Cnamts. Etonnant. L’enquête révèle également que les professionnels souhaitent disposer de synthèses au sein du DMP. Mais qui les réalisera ? Avec quelle périodicité ? Et qui en a la compétence ? « Le problème n’est pas résolu », constate Jean-Marie Picard.

On veut bien du DMP, mais pas trop s’en occuper. Finalement, à deux ans de l’échéance, le DMP reste un vaste chantier. Tout reste à construire. Xavier Bertrand semble pourtant confiant. « Il ne s’agit pas de bâtir une cathédrale, mais de mettre au point un outil sûr et simple », assure-t-il. Et d’ajouter : « Le DMP est un escalier qui se gravira marche par marche. La première sera l’iatrogénie et les redondances. Des améliorations pourront ensuite être envisagées. »

> CHRISTOPHE MICAS

Posted by Thierry Abiven on avril 5, 2005 at 05:56 PM dans Dossier santé : revue de presse | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack