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mardi, 05 avril 2005

Craintes partagées autour du DMP

BlocmedUN DÉBAT DES ORDRES PROFESSIONNELS

Un article tiré du Quotidien des Pharmaciens rédigé par Christophe Micas (21/03/05)

Xavier Bertrand, secrétaire d’Etat à l’Assurance-maladie, assure que le dossier médical personnel sera bien opérationnel le 1er janvier 2007, comme cela avait été annoncé. Certains en doutent, notamment en raison de la complexité du projet. Mais aussi devant les nombreuses questions qui restent encore sans réponse.

Volet majeur de la réforme de l’assurance-maladie, le dossier médical personnel (DMP) est attendu pour le 1er janvier 2007. Le groupement d’intérêt public (GIP) chargé de piloter sa mise en œuvre lancera un premier appel d’offres aux opérateurs de sites pilotes dans les mois qui viennent, a indiqué Xavier Bertrand, secrétaire d’Etat à l’Assurance-maladie, lors de la Conférence inaugurale des Ordres professionnels de santé au Medec. Pour lui, il n’y a pas de doute, « le DMP sera disponible en temps et en heure ». Et d’affirmer, qu’il se fera avec tous les acteurs de santé : Le DMP représente un outil formidable de décloisonnement de notre système de santé, et un trait d’union entre la ville et l’hôpital », estime Xavier Bertrand.

Alain Coulomb, directeur de la Haute Autorité de santé, semble, en revanche, perplexe quant à la date de mise en place du DMP. Il juge en effet le calendrier politique « serré » compte tenu des contraintes techniques. Le DMP permettra, selon lui, de réconcilier les exigences de qualité des soins et d’économies. Les conditions du succès de cette mesure : la confiance entre professionnels de santé et patients, sa simplicité d’utilisation et le pragmatisme dans son déploiement, avance Alain Coulomb. Autrement dit, il préconise de mettre en place des sites pilotes régionaux, de définir des cibles prioritaires (ALD 30, par exemple) et de s’appuyer sur les expériences déjà menées. « Si l’on doit faire compliqué et rébarbatif, autant arrêter tout de suite. » Il lui paraît également indispensable que le DMP présente une utilité aux yeux des médecins.

Dossier pharmaceutique et DMP. Les médecins montrent d’ailleurs quelques signes d’impatience. « Nous ne pouvons plus attendre pour créer ce dossier », lance ainsi le Dr François Stéfani, président de la section Ethique et déontologie du Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom). « La question n’est plus de savoir si le DMP va exister ou pas, mais celle de savoir quand sera-t-il opérationnel ? », renchérit le Dr Jean Brouchet, président de la section Exercice professionnel du Cnom.

Les chirurgiens-dentistes, les sages-femmes et les pharmaciens ne cachent pas non plus leur intérêt pour le DMP. Les officinaux ont d’ailleurs des projets pour lui. L’Ordre des pharmaciens envisage en effet de créer un dossier pharmaceutique interne à la profession qui pourrait abonder le DMP, comme le rappelle Isabelle Adenot, présidente du Conseil central A de l’Ordre. « Nous souhaitons centraliser nos données et relier tous les pharmaciens entre eux », explique-t-elle.

Cet outil permettrait, selon elle, d’améliorer la lutte contre l’iatrogénie, d’éviter les traitements redondants, mais aussi d’assurer une traçabilité des médicaments jusqu’aux patients. « La réalisation technique de ce dossier pharmaceutique peut être assez rapide, car les officinaux, pour la plupart d’entre eux informatisés, sont dotés d’équipements qui partagent presque tous le même langage informatique », estime Isabelle Adenot.

Entre espoir et craintes. Si le DMP représente un espoir pour l’ensemble des acteurs, des craintes persistent encore, en particulier chez les patients. Au grand dam des associations de malades, certains médecins souhaitent, par exemple, continuer à tenir un dossier médical, parallèlement au DMP. Claire Compagnon, directrice du développement des actions de lutte à la Ligue contre le cancer, estime ainsi que cette démarche va à l’encontre de l’esprit de la réforme. Dans un souci « de cohérence et de continuité des soins, il est important que ces deux dossiers ne coexistent pas », explique-t-elle. « Si les médecins remplissent deux dossiers, en saisissant deux fois les informations, il sera impossible de mettre en place le DMP », prévient pour sa part Alain Coulomb.

Les patients s’inquiètent également du contenu du DMP et souhaitent pouvoir choisir d’y porter, ou non, les informations les concernant. Qu’ils se rassurent. Xavier Bertrand préconise, en effet, que le patient détermine avec son médecin traitant l’étendue des données accessibles. Les médecins non plus n’ont rien contre cette volonté : « Le droit à l’oubli est un droit fondamental du patient, estime François Stéfani. Il faut qu’il puisse cacher des choses, c’est sa liberté et sa responsabilité. » Cependant, si le malade ne divulgue pas l’ensemble des informations, comment éviter alors les actes redondants et l’iatrogénie, qui sont l’essence même du DMP ?

« Un outil sûr et simple ». La confidentialité des données est une autre inquiétude, même si, bien sûr, toutes les garanties de sécurité seront prises. Quoi qu’il en soit, François Stéfani, lui, est serein. « Il est plus difficile de consulter un dossier informatique que le carnet de santé actuel », fait-il remarquer.

Au-delà des craintes, le DMP suscite encore de nombreuses interrogations. Par exemple, qui va remplir le DMP ? Les professionnels de santé, d’après une enquête, répondent, en premier lieu, le patient, devant le médecin traitant et les professionnels participant à la prise en charge du malade, comme les infirmières ou les pharmaciens, rapporte Jean-Marie Picard, responsable adjoint de la mission pour le partage des données médicales à la Cnamts. Etonnant. L’enquête révèle également que les professionnels souhaitent disposer de synthèses au sein du DMP. Mais qui les réalisera ? Avec quelle périodicité ? Et qui en a la compétence ? « Le problème n’est pas résolu », constate Jean-Marie Picard.

On veut bien du DMP, mais pas trop s’en occuper. Finalement, à deux ans de l’échéance, le DMP reste un vaste chantier. Tout reste à construire. Xavier Bertrand semble pourtant confiant. « Il ne s’agit pas de bâtir une cathédrale, mais de mettre au point un outil sûr et simple », assure-t-il. Et d’ajouter : « Le DMP est un escalier qui se gravira marche par marche. La première sera l’iatrogénie et les redondances. Des améliorations pourront ensuite être envisagées. »

> CHRISTOPHE MICAS

Posted by Thierry Abiven on avril 5, 2005 at 05:56 PM dans Dossier santé : revue de presse | Permalink

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