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vendredi, 10 décembre 2004

Chat sur le DMP

Le secrétaire d'Etat, Monsieur Xavier Bertrand a participé à un chat sur l'internet. Il a ainsi répondu aux questions des nombreux présents derrière leur clavier.

Lire l'intégralité du dialogue : http://www.premier-ministre.gouv.fr/acteurs/discours_9/reforme_assurance_maladie_texte_51800.html

Jeff : À quoi va servir le DMP ? Quels sont les exemples concrets d’utilisation ? Est-ce que mon médecin connaîtra tout mon passé médical ?

Xavier Bertrand : Quand Jeff ira voir son médecin, il aura sa carte vitale avec photo, que nous aurons tous dès 2006. Il mettra sa carte dans le lecteur de carte du médecin, le médecin mettra sa carte professionnelle de santé, et il aura sur l’écran tous les renseignements sur Jeff : ses allergies, ses traitements en cours, etc. On commencera le DMP à partir de sa constitution (en 2007 sur tout le territoire), on ne connaîtra pas tout le passé. Nous visons deux objectifs principaux. Eviter la iatrogénie, c’est-à-dire les interactions médicamenteuses, les médicaments qui ne fonctionnent pas bien entre eux et causent de réels problèmes. 350 personnes par jour en France rentrent à l’hôpital à cause de problèmes de médicaments, ce qui occasionnerait environ 8 000 décès par an ! Nous voulons que le médecin sache exactement ce que le patient prend, ce qui a été prescrit par d’autres médecins... L’autre objectif : éviter les examens inutiles. Beaucoup d’examens, 15 %, sont faits en double. C’est 1,5 milliard d’euros par an. Ce dossier médical personnel, c’est comme si, chaque fois que vous allez chez le médecin, vous emportiez votre dossier. Ce système sera sûr, simple et confidentiel. La carte vitale 2 sera la clé d’entrée de ce dossier. Les gens qui ont Internet pourront aussi consulter leur dossier médical personnel. Le patron du dossier médical, ce sera le patient.

Karine : Je m’inquiète de l’informatisation des dossiers médicaux. Dans quelle mesure la vie privée sera bien protégée ? On peut malheureusement envisager des ventes de données médicales personnelles à des entreprises... Merci par avance de votre réponse.

Xavier Bertrand : Surtout pas, c’est d’ailleurs prévu dans la loi, nous avons apporté toutes les protections nécessaires. Nous avons travaillé d’ailleurs avec l’Ordre des médecins de manière à garder la confidentialité des données. Pour nous, la sécurisation, c’est la priorité des priorités. Tout ceci, c’est marqué noir sur blanc dans le texte de loi, nous sommes très vigilants sur cette question. Il n’y aura pas la possibilité de transmettre à qui que ce soit les informations de ce dossier, ni employeurs ni assurances.

Ortho : Toutes les professions de santé auront-elles accès aux données et à entrer des données du dossier médicales ou bien l’accès sera-t-il hiérarchisé ?

Xavier Bertrand : Dans en premier temps, le dossier médical, ce sera le médecin et le patient. Mais le dossier médical personnel, c’est comme un escalier qu’on monte marche par marche. En 2007, ce sera la première marche : lutter contre la iatrogénie, éviter les examens redondants. Il faudra ensuite que d’autres acteurs puissent alimenter ce dossier. Il semble que les pharmaciens puissent y figurer. Mais le coeur de ce dossier médical personnel, ce sera la relation de confiance entre le patient et le médecin.

140 : Les pharmaciens auront-ils accès au DMP ?

Xavier Bertrand : Si on veut lutter contre la iatrogénie, les problèmes de santé liés aux médicaments, je ne vois pas comment on pourrait exclure les pharmaciens. La question que nous leur posons, c’est : vouloir renseigner le dossier médical, très bien, mais de quelle façon ? Les pharmaciens sont en train de regarder comment ils pourront y collaborer.

Coy : On se souvient tous du cuisant échec du carnet médical papier, pourtant d’un fonctionnement simplissime. Quels sont les moyens financiers que vous allez déployer pour éviter un deuxième revers, en sachant que l’élaboration du DMP est d’une élaboration bien plus sophistiquée ?

Xavier Bertrand : Maintenant, avec l’informatique, on sait répondre à toutes les questions. Le carnet de santé n’était pas obligatoire, alors que le dossier médical personnel le sera. S’il le veut, le patient pourra ne pas l’avoir, mais il sera moins bien pris en charge. 89 % des Français se disent prêts, aujourd’hui, à utiliser le dossier médical personnel. Le dossier médical personnel, c’est avant tout un meilleur outil pour la qualité des soins. Si je tombe inanimé dans la rue, il est important de savoir, par exemple à quels médicaments je suis allergique. C’est avant tout la qualité des soins qui est au coeur de ce dossier médical personnel. Ce ne sera pas comme le carnet de santé, car il sera obligatoire.

Ortho : Le DMP a-t-il pour objectif la réduction des dépenses ou bien une réelle coordination des soins ?

Xavier Bertrand : La meilleure coordination des soins et la qualité des soins avant tout. Mais on voit que ce qui est bon pour soi est aussi bon pour la sécurité sociale. Si on évite 15 % d’examens inutiles et qu’on économise 1,5 milliard d’euros, je préfère les utiliser pour la prise en charge d’une maladie nouvelle. Nous voulons dépenser mieux, et il y a des dépenses inutiles, je préfère les économiser.

.....

Jeff : Si je comprends bien, le DMP est fait pour améliorer la sécurité de la prescription des médicaments et éviter de refaire des examens inutiles. Le système informatique envisagé est basé sur l’équivalent électronique de l’ordonnance papier ou du compte rendu papier d’examen de labo. Ne pensez-vous pas qu’il faudrait plutôt utiliser des données que des documents, car il est plus facile de comparer des données entre elles, par exemple pour la prescription d’un nouveau médicament en la comparant avec les précédentes prescriptions pour éviter des interactions médicamenteuses ?

Xavier Bertrand : C’est technique, mais c’est tout à fait ça. L’idée, c’est que c’est le médecin qui va rentrer les données dans le dossier médical personnel. Ce qui nous intéresse, c’est d’avoir les éléments diagnostiqués et la prescription du médecin. Cela a beau être informatisé, nous voulons que l’humain passe dans ce dossier. En plus, il faut savoir que le dossier médical personnel n’est pas conçu dans le bureau d’un ministère, nous le mettons en place avec les professionnels et les associations d’usagers. Nous voulons que ce dossier soit simple à utiliser et qu’il réponde aux questions dont nous avons parlé tout à l’heure.

Floréal : J’ai cru comprendre que les patients pourraient masquer certaines infos qu’ils voudraient garder secrètes. Exemples : maladies mentales, IVG, toxicomanie...

Xavier Bertrand : C’est vrai, comme aujourd’hui. Aujourd’hui, quand on va chez un médecin, on n’est pas obligé de tout lui dire. Ce sera la même chose dans le dossier médical personnel. J’ai tendance à croire que plus on dit de choses au médecin, mieux c’est, mais on garde le choix et la liberté de le dire ou pas. La réforme, c’est une évolution dans notre système de santé, pas une révolution.

Favreuse : Dans d’autres pays les investissements destinés au dossier médical personnel sont beaucoup plus importants que ce que l’on a lu pour le mettre en place en France. Comment expliquer cette différence ?

Xavier Bertrand : C’est parce que, dans ces pays-là, ils ont voulu tout construire tout de suite. Je pense qu’il vaut mieux avoir une démarche très pragmatique, évolutive. On dit parfois que le mieux est l’ennemi du bien. Nous avons décidé d’y aller progressivement, avec les professionnels.

Paul Soque : Combien va coûter le DMP ?

Xavier Bertrand : Je ne peux pas répondre aujourd’hui à Paul, car, comme on est en train de réfléchir à ce que l’on va mettre exactement dans ce dossier, avec les médecins et les autres professionnels. Nous aurons au début de l’année le cahier des charges, et là, nous interrogerons les industriels. Aujourd’hui, nous n’avons donc pas d’idée précise. Je suis désolé.

Sab : Comment les données du DMP seront-elles protégées des regards et des usages abusifs alors qu’elles transiteront par Internet ?

Xavier Bertrand : Est-ce qu’on fait confiance à Internet ou pas ? Avec le code personnel et confidentiel, avec un hébergeur qui devra répondre à des normes de sécurité importantes, je pense que nous avons toutes les garanties. Par ailleurs, pour pouvoir le lire chez le professionnel de santé, il faudra cette double entrée : votre code et le code professionnel de votre médecin. Il y a une double sécurisation. Je fais confiance au système informatique, d’autant plus que les normes de sécurité seront renforcées d’ici 2007.

Caladois : Les médecins devront-ils changer leur matériel informatique pour lire le DMP ?

Xavier Bertrand : Aujourd’hui, il y a un certain nombre de matériels utilisés par les médecins qui sont compatibles. En général, on change un ordinateur au bout de trois ou quatre ans. Le parc informatique sera donc en partie renouvelé d’ici 2007. Concernant Internet, le haut débit est en train de progresser rapidement. Aujourd’hui, nous avons un parc informatique de 85 %, le chiffre d’utilisation chez les médecins n’est pas tout à fait celui-ci, mais ils disent qu’ils sont prêts à mettre le turbo.

Posted by Thierry Abiven on décembre 10, 2004 at 06:09 PM dans Dossier santé : interview | Permalink

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Commentaires

Dossier Médical Centralisé ou Dossier Médical Partagé ?

Le partage ne devrait-il pas plutôt s'orienter vers la mise à disposition, à partir de chaque système professionnel (généraliste, dentiste, infirmière, hôpital public, hôpital privé...), dans un P2P sécurisé, de l'information médicale internationalement normalisée (groupe sang, comptes-rendus, imagerie, ...); information anonyme mais identifiable et colliger par le N°IPP inscrit sur sa Carte Vitale du patient et hiérarchiquement accessible par la CPS du professionnel qu souhaite la consulter ?

PS : Le professionnel consultant pouvant recopier l’information pour la mettre également à disposition des autres professionnels à partir de son système, Le risque de la perte d'information s'en trouverait très fortement améliorée et les doublons résultants des recopies (même date de première mise à disposition et même IPP ) automatiquement traités par le moteur de recherche.

Rédigé par: CAMPO | décembre 13, 2004 11:59 AM

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